dimanche 8 novembre 2009

Sur la mort d'une rose.



Cette rose qui meurt dans un vase d'argile
Attriste mon regard,
Elle paraît souffrir et son fardeau fragile
Sera bientôt épars.

Les pétales tombés dessinent sur la table
Une couronne d'or,
Et pourtant un parfum subtil et palpable
Vient me troubler encor.

J'admire avec ferveur tous les êtres qui donnent
Ce qu'ils ont de plus beau
Et qui, devant la Mort s'inclinent et pardonnent
Aux auteurs de leurs maux,

Et c'est pourquoi penché sur cette rose molle
Qui se fane pour moi,
J'embrasse doucement l'odorante corolle
Une dernière fois.

°Raymond RADIGUET (1903-1923)°


Raymond Radiguet naît, le 18 juin 1903 à Saint-Maur, dans la banlieue Est de Paris. Fils d'un caricaturiste de renom, il est l'aîné d'une famille de sept enfants. Au cours d'une enfance « plate comme une pelouse », il fait ses études primaires – très bonnes - à Saint-Maur, avant d'être admis comme boursier au lycée Charlemagne où il se révèle un élève plutôt médiocre. À tel point qu'il abandonne le lycée dès la quatrième, préférant la lecture des classiques et l'écriture de poèmes à toute autre forme d'enseignement.

Depuis juillet 1914, la France est en guerre contre l'Allemagne. Dans le train de banlieue, en avril 1917, il fait la connaissance d'Alice, une jeune femme de 24 ans, mariée depuis peu à un soldat du front. À 15 ans, il prétend en avoir 19. Leur liaison durera jusqu'à la fin de la guerre, en novembre 1918, et inspirera à Radiguet son Diable au corps.

En livrant les dessins de son père dans un journal, il rencontre André Salmon, poète ami d'Apollinaire, qui fait publier quelques-uns de ses poèmes, tandis qu'il se fait embaucher dans différentes revues comme chroniqueur.

Sa rencontre avec Jean Cocteau se situerait début 1919: c'est le début d'une amitié amoureuse mouvementée qui ne s'achèvera qu'avec la mort prématurée de Radiguet. Cocteau le parraine dans les cercles poétiques, lui présente Satie, Auric, Morand, Picasso, l'introduit dans les milieux de Montparnasse et de l'avant-garde littéraire. Ensemble, ils fondent un journal qui dure six mois, en 1920, tandis que Radiguet a une liaison avec une Anglaise ancien modèle de Modigliani, puis signent en commun le livret de Paul et Virginie, dont Satie doit composer la musique. Radiguet n'a que 17 ans, mais sa maturité étonne ceux qui l'approchent.

Au cours de l'été 1921, en vacances près d'Arcachon avec Cocteau, il écrit Le Diable au corps et, l'automne de cette même année, fait publier Devoirs de vacances, recueil de ses poèmes. Cocteau, courant 1922, lit à l'éditeur Bernard Grasset les premières pages du Diable au corps. Grasset s'enthousiasme en imaginant le lancement qu'il va pouvoir réaliser avec l'œuvre d'un romancier de 17 ans. II a été le premier éditeur français à utiliser la publicité pour faire connaître ses livres, et a déjà surpris, voire choqué la profession en faisant de la promotion pour Le Feu de Henri Barbusse (1916), Kœnigsmark de Pierre Benoît (1918) et Maria Chapdelaine de Louis Hémon (1921).

Radiguet accepte de retravailler son texte sous la houlette de Jean Cocteau tout en achevant sa première version du Bal du comte d'Orgel et en collaborant à plusieurs journaux. Le manuscrit définitif du Diable au corps est remis à Bernard Grasset en janvier 1923. La mise en vente, en mars, s'accompagne d'une publicité au cinéma: le film montre Radiguet écrivant la dernière page de son roman, puis l'accolade émue que lui donne Grasset à qui il remet son livre, enfin, dans une librairie, une foule houleuse réclamant Le Diable au corps. « Le plus jeune romancier de France » se vend à 50 000 exemplaires en un mois.

Radiguet, maintenant célèbre, se montre en ville avec canne et monocle, et continue à se montrer avec Cocteau tout en entretenant ostensiblement une liaison avec une jeune femme. Comme il l'a fait pour Le Diable au corps, il profite de ses vacances près d'Arcachon pour, au cours de l'été 23, réviser Le Bal du comte d'Orgel. Il a 20 ans, et, mobilisable, est convoqué pour passer le conseil de révision. Bernard Grasset lui obtient un sursis, ,afin qu'il puisse corriger les épreuves d'imprimerie du Bal...

Mais Raymond Radiguet n'ira pas à l'armée, pas plus qu'il ne verra le Bal... édité (et qui obtiendra un succès comparable au Diable au corps). Victime de la fièvre typhoïde, il meurt dans une clinique de Paris le 12 décembre. Seul. Ni famille, ni ses amis, ni sa maîtresse, n'imaginant une fin si brutale, ne se sont rendus à son chevet. Ses obsèques, payées par la couturière Coco Chanel, ont lieu deux jours plus tard. Sans Cocteau, malade de chagrin.

°koukou42°

1 commentaire:

  1. C'est sans doute de ce bouquin qu'est tiré le film avec Gérard Philipe
    Bisous,
    Serge.

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